Sous l’injonction du Diable et de noirceur vêtu,
Cet exquis cadavre aux lèvres bleutées de sang
Jalonne, le front fier et le teint bien trop blanc,
Le pavé gris suintant la froideur des rues
Calmes et nues.
Passant, tremble ! Le Maître, à cent lieues, peut sentir
La tiédeur de la chair qui loge sous ta peau.
Comprends cette faim que toi seul peut assouvir :
Il est le Froid, la Mort, l’Horreur, tu es le Chaud,
Le Vif, le Beau.
Songe au jour où toi aussi, vidé de tes vies,
Tu te verras enchaîné au désir de voir
La pâleur d’une gorge quand tombe la nuit
Et la grâce d’un corps que tes mains laissent choir
Sans s’émouvoir.
Cours, Belle enfant, oui, cours ! Que tes talons meurtris
Donnent à ton agresseur la jouissance du crime
Qui ne naît qu’aux prières, aux fracas et aux bruits.
Cours à perdre raison, fais de toi la Victime
D’un viol intime.
Auteur : Isobel d'Aerys
Illustration : Rêve Nocturne de Vladheim (Hugues Perrin).