La Passion

Je pensais, ingénue, que nul ne pourrait plaire
A mon cœur égoïste et froid comme la pierre.
Pourtant, devant vous, je sens un feu m’envahir
Mon cœur se met à battre, mes joues à rosir,

Mes traits se lénifient, et mon regard s’anime :
La vie me traverse, enfin ! Plus rien ne m’opprime !
A l’inverse de Gorgone, à l’œil pétrifiant,
Vous avez accompli le prodige troublant

De m’arracher à ma profonde léthargie
Rien qu’en posant les yeux sur mon corps alangui,
Cette pauvre statue aussi vide qu’inerte !
Quelle métamorphose : me voilà alerte

Et gaie ! Je m’abreuve de votre envie de vivre,
Et de votre allégresse, jusqu’à en être ivre !
Dans mes yeux avides, rien n’est comme autrefois ;
Tout rencontre un écho au plus profond de moi :

Touchée par le charme évanescent des nuages,
Ou fascinée par la beauté d’un paysage,
Je sens vibrer, avec la même ardeur, mon corps
Et mon âme. Vous voir m’enchante plus encore :

Je ne porte, au soleil, qu’un intérêt fugace,
Depuis que, dans mon cœur, votre éclat le remplace.
Mais je crains qu’un jour, comme l’astre au crépuscule,
Vous ne disparaissiez, sans le moindre scrupule.

Je ne serai plus qu’un fantôme nébuleux,
Hantant les vestiges d’un passé merveilleux,
Une apparition, au teint pâle et aux joues creuses,
Ayant perdu l’éclat de la femme amoureuse.

Auteur : Rachel Gibert

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