Le Voyage de Lola

Le temps n’incitait guère à la promenade, en ce soir de Saint-Sylvestre. Il avait neigé toute la journée et, maintenant que la nuit était tombée, la danse des flocons s’était arrêtée mais le froid devenait plus vif, gelant la couche neigeuse et la transformant, par endroits, en véritable patinoire.
Lola roulait depuis plus d’une heure et elle avait hâte d’atteindre le village de Saint-Georges où elle était attendue pour le réveillon. Elle allait découvrir la nouvelle demeure de son amie Lise, une fermette qui appartenait depuis des générations à la famille de son mari et qu’ils s’étaient récemment décidés à restaurer, séduits par l’idée d’un retour à l’authenticité de la vie campagnarde. Lise, son amie d’enfance, sa sœur, qu’elle retrouvait toujours avec une joie intense mais aussi Pascal, son mari, un homme intelligent et séduisant qui la troublait plus qu’elle ne l’aurait voulu… Jusqu’à présent, l’amitié avait été plus la plus forte mais en serait-il toujours ainsi ? Lola l’espérait. Elle aimait son amie, avant tout, et s’était juré qu’elle ne céderait jamais à la tentation.
Elle vit bientôt la pancarte indiquant Saint-Georges et elle quitta la route nationale pour une voie plus étroite et glissante. Elle parcourut, avec prudence, quelques kilomètres puis ralentit : devant elle, s’offraient deux chemins formant une fourche, sans panneau de signalisation. Lui avait-on dit de prendre à droite ou à gauche ? Elle ne le savait plus et, après un moment d’hésitation, elle se décida pour la gauche.

Il faisait très sombre, la route se rétrécissait et Lola parvint bientôt à l’orée d’un bois. Elle avait dû se tromper, il fallait faire demi-tour et prendre l’autre route. Elle scrutait la nuit, espérant découvrir un peu de place pour tourner, lorsqu’une forme sombre jaillit du bas-côté et traversa, devant elle, comme une flèche. Un lièvre ? Un chat ? Surprise, elle écrasa instinctivement la pédale de frein et la voiture, devenue incontrôlable, glissa en travers du chemin et alla s’encastrer dans un arbre, avec un bruit sinistre. Les doigts crispés sur le volant, Lola fut secouée par le choc et resta un moment étourdie. Quand elle rouvrit les yeux, elle constata avec soulagement qu’elle était indemne. Elle en était quitte pour une bonne peur. Elle pouvait dire qu’elle avait eu de la chance.

Elle sortit de la voiture pour évaluer les dégâts. Le capot était largement enfoncé et il fallait se rendre à l’évidence : le véhicule était inutilisable. Elle eut soudain envie de pleurer. Quelle idiote ! Venir se planter dans les bois en pleine nuit d’hiver ! Il n’y avait rien d’autre à faire que de téléphoner à ses amis et d’attendre qu’on la dépanne. Joyeux réveillon en perspective !
Elle n’était cependant pas au bout de ses inquiétudes. Lorsqu’elle ouvrit son sac pour y prendre sin téléphone portable, elle s’aperçut que celui-ci n’y était pas. Où l’avait-elle donc mis ? Dans la poche de son manteau ? La boite à gants ? Elle eut beau fouiller le véhicule, ses recherches restèrent vaines et elle s’agitait, devenait de plus en plus fébrile, sentant monter l’angoisse et le désarroi. Et c’est alors qu’elle le vit. Il était bien là, devant ses yeux, là où elle l’avait posé quand avait retenti la sonnette de la porte d’entrée, alors qu’elle s’apprêtait à s’en aller. Curieux coup de sonnette, d’ailleurs : lorsqu’elle était allée ouvrir, il n’y avait personne… Son portable trônait là-bas, sur la commode où elle l’avait oublié en partant.

Elle devait donc se rendre à l’évidence : elle était seule, sans moyen de contacter qui que ce soit, la nuit, en plein bois. Qu’allait-elle devenir par ce froid glacial ? Il fallait trouver de l’aide. Il n’y avait qu’une solution : marcher, en espérant rencontrer quelqu’un. Lola prit son sac, releva le col de son manteau et se mit vaillamment en route.
Il n’était guère facile d’avancer dans cette obscurité étrangement silencieuse, chaussée de ces ridicules escarpins, glissant et se tordant les pieds à tout moment. Depuis combien de temps marchait-elle ? Il faisait trop sombre pour qu’elle pût lire l’heure au cadran de sa montre. Elle aurait dû être arrivée maintenant, en joyeuse compagnie, bien au chaud, devant une coupe de champagne. Elle commençait à regretter de ne pas être restée dans sa voiture. Elle y serait, au moins, à l’abri. Tout ceci lui semblait vain.

Elle ne rencontrerait certainement personne et finirait ses jours dans ce lieu sinistre oublié de tous. Elle se sentait exténuée.
Les larmes coulaient sur son visage, dessinant des sillons luisants dans son maquillage.
Il lui sembla tout à coup que l’obscurité perdait de sa densité. Les arbres commençaient à s’espacer et leur frondaisons, moins rapprochées, laissant filtrer la lueur de la lune. Lola reprit espoir. Ses pieds, engourdis par le froid, retrouvèrent une certaine vigueur et, courageusement, elle allongea le pas.

Elle déboucha bientôt dans une clairière où elle distingua la forme sombre d’une maison. Etait-ce un effet de son imagination ? Non, elle ne rêvait pas, c’était bien une maison, une bâtisse massive, pourvue d’une tour carrée, au porche faiblement éclairé par une espèce de lampe tempête. La jeune femme se mit à rire et à pleurer tout à la fois. Elle était sauvée. Dans sa hâte, elle trébucha et faillit tomber sur le seuil verglacé, se rattrapa de justesse au lourd heurtoir de bronze qu’elle actionna à plusieurs reprises.

Pendant un moment qui lui parut très long, elle ne distingua ni bruit ni mouvement à l’intérieur et elle s’apprêtait à céder au découragement lorsque le hall de la maison s’éclaira et elle entendit le cliquetis d’une chaîne, le claquement d’un verrou. La porte s’ouvrit et Lola se retrouva face à une vieille fripée et bossue, armée d’un bougeoir, qui dardait sur elle un œil méfiant.
« Excusez-moi de vous déranger. J’ai eu un accident de voiture. »
La vieille la considéra, un instant, en silence puis son visage s’adoucit.
« Ma pauvre enfant. Vous voilà frigorifiée. Entrez donc. »
Lola pénétra dans le vestibule, la vieille referma à double tour et la guida vers un salon où, dans une gigantesque cheminée, brûlait un feu qui éclairait et chauffait toute la pièce. Un lourd buffet de chêne, quelques fauteuils recouverts d’une tapisserie fanée donnaient au lieu un certain charme désuet. Un chat noir, couché devant l’âtre, releva la tête pour considérer la nouvelle venue et, apparemment rassuré, sembla se rendormir.
« Venez donc vous réchauffer près du feu. 
- Je ne voudrais pas abuser de votre hospitalité. Puis-je téléphoner pour avertir des amis qui viendront me chercher ? 
- Mais il n’y a pas de téléphone ici mon petit. C’est une vieille demeure.
- Je ne peux donc avertir personne ? »
La voix de Lola se brisa. Un éclat étrange brilla dans le regard de la vieille.
« La maison est isolée. »
Lola sentit qu’elle allait se remettre à pleurer.
« Et le village ? Il y a bien un village quelque part ?
- Oh oui ! Bien sûr, mais il faut compter une bonne lieue et le chemin est mauvais par ce temps. »
Quelle étrange façon de s’exprimer ! Une lieue… Combien cela faisait-il donc ? Quatre kilomètres ? C’était beaucoup sur le verglas mais avait-elle le choix ?
« Je vais essayer. Il suffit que vous m’indiquiez le chemin. On doit s’inquiéter de ne pas me voir arriver.
- Vous avez probablement raison mais il faut reprendre des forces. Une tisane vous fera du bien. Asseyez-vous donc un peu dans ce fauteuil. »

Lola accepta avec reconnaissance le breuvage chaud et sucré. Il avait un goût étrange, un peu épicé, qu’elle ne réussissait pas à identifier mais à mesure qu’il descendait en elle, elle sentait revivre ses membres glacés. La vieille s’était assise en face d’elle et caressait doucement le chat qui avait sauté sur ses genoux. Engourdie par la chaleur, Lola sentit bientôt ses paupières se fermer. Elle essaya de lutter mais s’endormit bien vite, sans s’en apercevoir.
Il faisait grand jour quand elle se réveilla, dans un lit inconnu. La chambre spacieuse sentait le renfermé. Où était-elle ? Et, tout à coup, elle se souvint de l’accident et de son arrivée dans cette curieuse maison.

Elle était vêtue d’une fine chemise de dentelle et rougit à l’idée que quelqu’un l’avait déshabillée. Elle se sentait un peu vaseuse, comme après un sommeil trop lourd et elle retrouva sur son palais le goût de la tisane que lui avait servie la vieille. Contenait-elle un somnifère ? C’était absurde. Pourquoi aurait-on voulu la droguer ?

La jeune femme se leva, décidée à rejoindre son hôtesse pour lui poser quelques questions. Elle devait quitter cette maison le plus tôt possible et gagner le village. Mais elle ne pouvait se montrer vêtue de cette seule chemise arachnéenne. Ses vêtements avaient disparu. Sur une bergère, au pied du lit, s’étalait une robe pourpre, tout aussi démodée que le reste de la maison et probablement mise là à son intention. Le tissu en était soyeux et il en émanait une légère odeur d’humus. N’ayant pas le
choix, Lola revêtit le vêtement qui lui sembla aussitôt parfaitement ajusté. Il lui vint l’envie de relever ses cheveux, qui pendaient en mèches molles, et elle trouva sur une commode quelques épingles et un peigne de style andalou dont elle se coiffa. Elle aurait voulu se voir dans un miroir mais la pièce n’en avait pas et elle le regretta.

Elle sortit de la chambre et se mit en quête de son hôtesse, explorant en vain toute la maison. Seul le chat noir apparut et vint se frotter, en miaulant, contre sa jupe.
La jeune femme commençait à désespérer lorsqu’elle découvrit dans le vestibule une petite porte, en partie masquée par une tenture. Elle la poussa, dévoilant ainsi un escalier en colimaçon qui s’élançait, semblait-il, vers le sommet de la tour. Lola en entreprit l’ascension, un peu gênée par sa longue robe dans laquelle elle se prenait les pieds. Une odeur douceâtre flottait dans l’air. Le mur de pierres était percé de deux fenêtres étroites diffusant une faible clarté qui permettait de distinguer, ici et là, quelques tableaux encadrés de noir, portraits de femmes de tous âges, toutes revêtues de la même robe pourpre et coiffées d’un peigne andalou. Lola avait l’impression qu’un terrible piège se refermait sur elle et elle sentait ses forces la lâcher mais elle devait parvenir en haut de cet escalier.

Elle pressentait que sa vie en dépendait.
Au sommet des marches, se dressait une porte en chêne sculptée de diables grimaçants. Celle-ci s’ouvrit sans que Lola eût à la pousser. La jeune femme découvrit alors une pièce sans fenêtre, éclairée par quatre grands cierges dressés de part et d’autre d’un lit tendu de draps noirs où elle distingua une forme claire qu’elle n’identifia pas, tout d’abord. Surmontant son appréhension, elle fit quelques pas et s’immobilisa, glacée d’horreur. Une jeune femme blonde, en robe de soirée, était étendue là, les yeux clos, le front entaillé d’une large plaie sanguinolente et, cette morte, c’était elle, Lola revêtue de la robe qu’elle portait lors de son accident. Au-dessus du lit, dans un cadre d’ébène, lui souriait sa propre image peinte, en robe pourpre et coiffée d’un peigne andalou. C’en était trop. Elle perdit connaissance et glissa sur le sol, à côté du chat qui l’avait suivie.
Lorsqu’elle rouvrit les yeux, la vieille, mystérieusement réapparue, lui faisait respirer un flacon à l’odeur aigre qu’elle tenait dans sa main sale aux ongles recourbés. Elle affichait un étrange sourire et l’observait d’un regard froid et cruel. Lola ne put réprimer un frisson de dégoût.
« Cela suffit maintenant. Assez minaudé. Debout ! »
La voix dure et tranchante n’admettait aucune réplique. Lola se leva en vacillant, évitant de poser les yeux sur le lit où elle devinait l’horrible spectacle.
« Où suis-je ? Qui êtes-vous ? »
Les mots sortaient avec peine de sa gorge nouée.
« Viens. Nous avons à parler. »
La vieille la saisit brutalement par le bras et l’entraîna en bas de l’escalier, vers la pièce où elle l’avait accueillie la veille. Le cœur de Lola cognait dans sa poitrine, ses tempes battaient douloureusement. Elle ne pouvait détacher sa pensée de l’odieuse image de son propre cadavre gisant dans cette tour et elle se sentait glisser vers la folie. La vieille la poussa sans ménagements dans un fauteuil et prit l’autre, en vis-à-vis.

« Je vais répondre à tes question. Dans cette demeure vivait jadis une femme hors du commun. Elle était diaboliquement belle et ne portait que des robes rouges qui mettaient en valeur son teint hâlé et sa chevelure de jais. Son mari, qui l’avait ramenée d’Andalousie, l’adorait. Lorsque celui-ci mourut, la laissant riche et sas enfants, elle décida de consacrer sa vie aux livres et à l’étude et elle acquit des connaissances auxquelles n’a pas accès le commun des mortels. Elle approcha le Maître des Ténèbres, qui gouverne l’Univers. Elle devint l’une de ses meilleures servantes. Une sorcière de grand talent. »
En d’autres circonstances, ces paroles auraient fait sourire Lola qui ne croyait ni en Dieu ni au Diable, mais à mesure que la vieille parlait, son malaise grandissait. Elle se sentait étouffer tandis que l’autre continuait :
« Hélas ! Les villageois, les ancêtres de ceux qui vivent ici aujourd’hui, prirent peur et ne songèrent plus qu’à se débarrasser de l’étrangère… Ils l’ont pendue, un soir de Saint-Sylvestre, à un chêne, au bord du chemin, celui-là même contre lequel tu t’es écrasée, hier soir. Puis ils ont mis le feu à sa demeure. Les ignorants sont des lâches. »

Elle cracha dans la cheminée un jet verdâtre qui amena Lola au bord de la nausée.
« Cependant, Notre Maître, qui est très puissant, lui a permis d’assouvir sa vengeance. Tous les treize ans, le soir de la Saint-Sylvestre, une femme apparaît qui prend le relais. Une femme de plus prend part à l’œuvre de destruction et de mort qui régit l’univers. Tu as vu leurs portraits sur les murs de la tour.
- Et cette femme, couchée là-haut, qui me ressemble dans cette mascarade funèbre ?
- Mais c’est toi, ma jolie.
- Ne vous moquez pas de moi. Je suis là, bien vivante.
- Tu te crois vivante mais tu es morte, cette nuit, lorsque ta voiture a heurté l’arbre. Ce que tu crois être toi, ici, n’est qu’un spectre. Ton âme a quitté ton corps. Cependant, Notre Maître a jugé plus commode de te redonner cette apparence, pour quelques temps. Tu n’as plus d’enveloppe terrestre : ton corps est là-haut. Regarde. »

Et, avant même que Lola eût le temps de réagir, la vieille lui saisit le bras et le plongea dans la cheminée. La jeune femme poussa un cri d’effroi en voyant les flammes s’approcher puis se tut, rendue muette par une autre frayeur, bien plus terrible celle-là. Sa main traversa le feu sans qu’elle ressentît la moindre douleur et ressortit intacte.
« Qu’allez-vous faire de moi ? », Demanda-t-elle, la voix brisée.
« Cela dépendra de toi. Tu peux retrouver la vie et continuer comme avant, sans souvenir de ton passage ici. Mais si tu n’es pas raisonnable, nous te laisserons à l’état de cadavre.
- Que dois-je faire ?
- Oh ! Presque rien. Tu te rends à un réveillon…
- Mais c’était hier ! »
La vieille, agacée, balaya ces paroles de la main.
« Ceci n’est qu’un détail pour nous. Tu vas donc retrouver tes amis et un homme qui te plaît. Nous avons le pouvoir de te faire aimer de lui.
- Sa femme est mon amie. Je ne peux la trahir…
- L’amitié, l’honnêteté… Assez de niaiseries. Cela suffit maintenant. Avoue que ce que nous te demandons n’est pas un bien grand sacrifice. Gagner l’amour d’un bel homme, n’est-ce pas le rêve de la plupart des femmes ?
- En quoi une banale histoire d’adultère peut-elle bien servir le grand Lucifer ?
- Mais il n’y a pas de faute négligeable. Chaque petite trahison est un pas qui fait progresser le Mal. Et puis, tu nous laisseras ton âme, une belle petite âme, presque pure… Une merveille ! »
Tout s’embrouillait dans la tête de Lola. L’accident… Pascal… Le Diable… Tout ceci n’était qu’un horrible cauchemar dont elle allait se réveiller. Oui, c’était cela, elle rêvait. Comment avait-elle pu être assez sotte pour se laisser émouvoir par ces invraisemblances ? Elle se sentit soulagée soudain. Il fallait en finir, au plus vite, et peu importait sa promesse puisqu’elle allait se réveiller…

« J’accepte. »
A peine eut elle prononcé ces mots que la vieille disparut dans un énorme éclat de rire tandis qu’un voile noir s’abattait sur la jeune femme.

Il faisait sombre. La route se rétrécissait et Lola parvint bientôt à l’orée d’un bois. Elle avait dû se tromper. Il fallait faire demi-tour et prendre l’autre route. Elle scrutait la nuit, espérant découvrir un peu de place pour tourner, lorsqu’elle vit un chat noir, assis sur le bas-côté. Que faisait-il là, par un temps pareil ? Pourvu qu’il ne lui prenne pas l’envie de traverser ! Elle pourrait difficilement l’éviter et elle n’avait pas envie d’aller s’écraser contre un arbre. A cet instant, son cœur manqua un battement, comme s’il venait de marquer un court arrêt. Curieuse impression, image fugitive de la mort dans le froid de la nuit. Le chat se leva, s’étira, darda un instant sur elle son regard d’émeraude et s’enfonça dans la nuit.

Les arbres se firent plus rares, la voie s’élargit, s’ouvrant sur une clairière où apparut un espace qui allait enfin laisser la possibilité de faire demi-tour. Un peu plus loin, se dressaient les ruines de ce qui avait dû être jadis un manoir cossu, pourvu d’une tourelle. Ses murs noircis laissaient supposer qu’il avait été détruit par un incendie. Lola frissonna. Le lieu était particulièrement lugubre et ne donnait pas l’envie de s’y attarder. Elle fit demi-tour et reprit le chemin qu’elle venait de parcourir.
Elle parvint à l’embranchement où elle s’était trompée plus vite qu’elle ne l’aurait cru. Devant elle, se dressait un panneau indiquant Saint-Georges. C’était bien à droite. Comment avait-elle pu ne pas le voir ? Soulagée, elle s’engagea cette fois-ci sur la bonne route. Elle «était impatiente d’arriver et, surtout, de revoir Pascal. Elle lui déclarerait son amour et tant pis pour Lise. La vie n’était-elle pas une jungle où chacun sauvait sa peau comme il le pouvait ? Oui, elle aimait Pascal et elle l’aurait. Une autre vie commençait.

Lola ignorait qu’elle apportait de grands déboires et que Lise, la trop sensible et fragile Lise, n’y survivrait pas. Grâce à elle, c’étaient le malheur et la mort qui arrivaient en robe de soirée et escarpins vernis. Au fond de l’enfer, une sorcière se réjouissait.

Auteur : Elisa Dalmasso

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